Claude Flament (1930-2019), un « découvreur » infatigable.


Évoquer Claude Flament est une tâche extrêmement difficile tant la densité de son parcours et de son œuvre prédomine lorsqu’on pense à lui.
Un parcours qui débute dans le laboratoire de Psychologie Expérimentale et Comparée de Paul Fraisse au tout début des années 50. Claude Flament y développe une orientation expérimentale très marquée et un goût d’emblée affirmé pour la psychologie sociale expérimentale et la modélisation théorique et statistique. Il part ensuite pour Aix-en-Provence où il fonde, en 1967, le laboratoire de psychologie sociale dont il sera le directeur jusqu’en 1983. Il y dirigera en autres les thèses de Jean-Paul Codol, de Jean-Claude Abric et la thèse d’Etat de Michel-Louis Rouquette. Membre co-fondateur de l’Association Européenne de Psychologie Sociale Expérimentale qu’il préside de 1972 à 1975, Claude Flament a fait partie de ces pionniers de la psychologie sociale européenne aux côtés d’illustres noms de notre discipline tels que S. Moscovici, H. Tajfel, J.M. Nuttin, W. Doise, M. Mulder ou G. Jahoda. Il sera d’une grande influence concernant l’utilisation des modèles mathématiques, à propos desquels il présentera ses travaux lors de la première conférence de l’EAESP à Sorrento en 1963. Il organisera le 5ème meeting de l’association à Aix-en-Provence en 1967.
Sa carrière à Aix (1961-2015) sera profondément marquée par son investissement dans ce qu’on appellera par la suite la théorie du noyau central. Il créera et développera avec J.-C. Abric l’approche structurale des représentations sociales. Un parcours de recherche ponctué d’innovations méthodologiques et théoriques, de textes fondateurs, le tout dans une préoccupation constante et assumée de l’étude du fait social. Claude Flament regardait les phénomènes sociaux avec une acuité et un recul qui ne laissaient jamais indifférent, ses interventions étaient toutes une occasion d’enseignements, qui malgré leur caractère parfois bref et succinct, mettaient en capacité son auditoire de nourrir des semaines et des mois de réflexions.
Claude Flament était un chercheur innovant, un découvreur infatigable, il n’a eu de cesse de vouloir faire avancer la recherche. Passionné par l’algèbre de Boole, qu’il adaptera à l’analyse des questionnaires, il fut un pionnier dans le développement de la théorie des graphes et le créateur de l’analyse de similitude qui constituera la première grande avancée méthodologique de la théorie structurale des représentations sociales.
Mais Claude Flament était aussi un collègue et un directeur de recherche totalement accessible qui ne comptait pas les heures qu’il donnait à la diffusion de la connaissance. Son investissement dans la formation doctorale a marqué toute une génération de jeunes chercheurs dans le cadre de l’animation d’un séminaire qui leur était dédié et qu’il animait avec la rigueur, la bienveillance et l’intelligence malicieuse qui le caractérisaient. Il rappelait souvent aux jeunes chercheurs, en les voyant travailler sur leurs logiciels de statistiques, que lui-même réalisait ces analyses à la main lorsqu’il était jeune chercheur, ces analyses factorielles sur lesquelles il a tant investi. Claude maîtrisait totalement les analyses de données, il en connaissait toutes les subtilités et constituait une mine d’or de connaissances qu’il n’hésitait jamais à partager.
Par sa connaissance de la psychologie sociale, par ses intuitions, par son intelligence de la recherche, il était un exemple, un modèle pour les doctorants dont il dirigeait les travaux. Il ne savait pas toujours manifester l’affection qu’il avait pour eux, mais ceux qui ont continué à travailler avec lui longtemps après avoir soutenu leur thèse savent que cette affection était bien réelle.
Chercheur préoccupé constamment par le fait social - et ses travaux sur l’Effet Guttman en ACP en sont la parfaite illustration - Claude Flament était un homme de conviction, d’ouverture, de grande culture, ne déliant jamais théorie et méthode, une préoccupation indispensable et trop souvent ignorée de nos jours. Il restera un modèle de rigueur expérimentale, de réflexion théorique et un modèle de transmission et d’innovation.
Nous avons eu l’immense privilège de le côtoyer, d’apprendre à ses côtés et de réfléchir avec lui.
C’est un pilier de la psychologie sociale qui nous quitte et qui aura marqué à jamais notre discipline.

C. Guimelli, P. Moliner, P. Rateau, G. Lo Monaco
S’associent à ces mots S. Delouvée, A. Piermattéo, J. Guegan, J. L. Tavani